vendredi 30 décembre 2016

L’HISTOIRE DE NOËL, MYTHE OU RÉALITÉ ?

(2016)

Réflexions personnelles

Aussi loin que je peux aller en arrière dans mes souvenirs, la période qui précède les fêtes de Noël a toujours été pour moi un temps propice à la rêverie, à l’évocation et à la réflexion. Le climat de la saison s’y prête. La nature dépouillée a perdu l’éclat de ses couleurs. Elle semble dessinée en noir et blanc sur le fond gris des journées abrégées qui luttent pour un peu plus de lumière contre une nuit empressée à s’installer. Je suis moins distrait. J’ai plus de facilité à me concentrer et à m’analyser. Voilà donc qu’en cette saison d’hiver où tout semble être mort, je me découvre plus sensible à certaines questions de la vie, de ma vie, spécialement celles qui concernent le sens de la Réalité qui m’entoure et le sens de ma présence en cet Univers où je dois tisser une forme de relation acceptable avec le monde des hommes et le monde de Dieu. Comme si cela n’était pas suffisant, voilà que les fêtes de  Noël, avec la célébration de la victoire de la lumière sur les ténèbres (solstice d’hiver) et la présentation de l’enfant divin « descendu du ciel » qu’elles proposent à notre contemplation, viennent aiguiser encore davantage mon penchant méditatif en cette saison.

J’ai longtemps aimé la fête de Noël plus pour son folklore et sa charge poétique et sentimentale que pour le contenu religieux et humain qu’elle exprimait. Il fut un temps où mon esprit critique a même snobé et banalisé cette fête chrétienne comme un conte n’ayant aucun fondement ni historique ni rationnel. Je la considérais comme une simple reprise ou réinterprétation en clé chrétienne de mythes païens anciens ou comme une pure invention de la piété et de la naïveté des chrétiens des premiers siècles.

            Il aura fallu une longue maturation intérieure de ma part et un laborieux travail de réflexion, de décantation, d’étude et d’analyse des différents apports venants autant d’une nouvelle anthropologie et d’une nouvelle théologie, que des nouveaux acquis de sciences modernes, pour me réconcilier personnellement et intellectuellement avec cette fête et pour comprendre que, finalement, le récit de  Noël est l’expression religieuse et humaine d’une vérité qui est au cœur autant de l’existence de l’Univers, que des dynamiques qui régissent les rythmes et les aspects de sa programmation évolutive destinée à aboutir à la l’apparition de l’homme dans le monde.

Je suis maintenant convaincu que la fête de Noël est l’expression poétique, culturelle et religieuse d’un phénomène réel que les humains ont pressenti et entrevu depuis la nuit des temps et qu’ils ont cherché à décrire dans leur légendes et leurs mythologies comme la descente ou l’irruption du monde des dieux dans le monde des hommes. Pour nos ancêtres, tous les phénomènes naturels et toutes les créatures de la Terre (le soleil, les étoiles, la foudre, le tonnerre, les orages, l’attirance sexuelle, la fertilité, la mer, les rivières, les montagnes, les sols, les récoltes, les arbres, les animaux…) étaient saturées de divin et habitées d’esprits.

Nous, les gens du XXIe siècle, même si nous sommes éclairés par les acquis des sciences modernes et surtout par le progrès et les découvertes de la cosmologie et de l’astrophysique contemporaines qui nous renseignent sur la grandeur insondable et la mélodie mystérieuse de l’Univers, nous ressentons le même émoi, le même frémissement, le même émerveillement, la même sentiment de vénération que nos ancêtres face aux forces invisibles et cependant superpuissantes et parfois presque magiques qui sont partout à l’œuvre autour de nous.

Or, devant la structure merveilleuse de ce monde qui se dévoile toujours plus nettement sur nos écrans de calcul et à travers nos instruments d’observation; devant cet Univers que nous découvrons bâti à la mesure de l’infini et soutenu de l`intérieur par le jeu d’innombrables articulations et connexions prédéterminées qui semblent jaillir d’un Principe spirituel intelligent, nous aussi, comme nos ancêtres d’autrefois, nous avons composé nos propres contes et écrits, nos propres récits, autant pour exprimer notre émerveillement et justifier notre fascination, que pour raconter l’histoire d’un Univers que, plus encore que celui de nos ancêtres, nous découvrons habité, jusque dans ses profondeurs les plus intimes, par une présence omniprésente de l’esprit.

Je pense, cependant, que l’acquis le plus extraordinaire de l’astrophysique moderne consiste dans le fait d’avoir découvert que l’histoire de l’Univers est fondamentalement une histoire d’amour.

En effet, grâce aux découvertes et aux intuitions de la cosmologie moderne, nous savons maintenant que l’Univers est soutenu et parcouru par une mystérieuse Force d’attraction universelle. Une Force que l’on constate à l’œuvre, mais que les scientifiques ne sont pas à mesure d’expliquer. Cette Force d’attraction, sur le plan des structures atomiques-chimiques-physiques, crée champs gravitationnels, liaisons, connections et fusions qui produisent unité, mais aussi diversité et complexité. Par contre, sur le plan des structures bio-anthropiques, cette Force produit rapprochements, attirances, affinités, dépendances et autres attitudes comportementales typiques de la relation d’amour.

Or l’attraction de l’amour, créant nécessairement des relations conscientes et libres, ne peut être constituée que par une énergie spirituelle et donc elle ne peut que porter en elle la marque de l’esprit. Il s’en suit alors que l’attraction de l’amour ne peut trouver son fondement et sa source que dans un Principe Ultime qui est lui-même Esprit Absolu continuellement en évolution. Il est alors possible d’en déduire que la relation déclenchée par l’amour prend son origine en cette Réalité Ultime qui est aussi Amour absolu (que la terminologie religieuse appelle «Dieu » et que Jésus de Nazareth appelle « Père ») qui par la force de l’attraction amoureuse crée continuellement le monde, en le faisant évoluer vers un accomplissement toujours plus parfait.

J’aime comparer cette Source amoureuse originelle de l’être aux entrailles d’une Mère Virginale qui, au Noël du temps, donne naissance au corps de notre Univers, grâce aux virtualités inhérentes à l’essence de son Être qui la rendent nécessairement féconde. Ainsi l’Univers, constitué comme un Tout par les Énergies unificatrices de l’attraction universelle (qui est la forme et l’expression cosmique de l’amour), est assuré contre sa décomposition et sa désintégration. Bien plus! Toutes les parties du Cosmos, reliées ensemble par les forces de l’attraction et de l’amour, peuvent évoluer comme un Tout en marche vers une complexité tellement perfectionnée, qu’un jour elle sera capable de faire surgir une structure biologique vivante, spécialement conçue pour produire de l’amour: l’«humain» fait son apparition dans le monde. En ce temps de  Noël, il me plaît de penser qu’un jour mon Univers, poussé par un mouvement irrépressible d’amour, a accouché de l’Humain.

Dans l’être humain, les forces de l’attraction qui soutiennent le réel, trouvent le lieu de leur expression la plus accomplie et de leur incarnation la plus parfaite. La Source Originelle de l’être (Dieu) s’installe et s’incarne dans le cœur de l’homme comme énergie d’amour. Il s’en suit alors que le motif de la présence de l’humain dans cet Univers est constitué exclusivement par sa capacité d’aimer ; et que s’il faillit à cette tâche, il perd sa raison d’exister.

J’aime m’imaginer que l’humain devient ainsi la structure vivante la plus élaborée et la plus perfectionnée que, depuis toujours, l’Univers a développée dans le seul but de produire de l’amour. J’aime penser que, d’une certaine façon, il voulait mettre au point une structure vivante capable d’aimer, afin qu’elle soit en son sein, l’icône de la présence bénévole et bienveillante de sa Source Originelle (Dieu) qui, à travers l’amour qu’elle a déposé dans le cœur de l’homme, veut parachever et spiritualiser toute la création.

L’homme est donc dans le monde pour être non seulement manifestation, mais également annonce et prophétie que l’amour est la seule énergie qui conduit l’Univers et que donc seulement en se laissant transporter et emporter par ce courant, les humains trouvent la vérité de leur être, le lieu de leur accomplissement et le havre de leur authentique bonheur. En plus, dans l’être humain, l’Univers se résume, prend conscience de lui-même, réfléchit sur lui-même et devient capable de s’admirer.

Je suis maintenant enclin à penser que la fête chrétienne de la naissance de l’Enfant-Dieu, généré dans notre monde par l’Esprit Saint et présentée par Marie à l’admiration et à l‘adoration de tous comme une source de lumière, de joie et de salut, est plus qu’un conte pour enfants, élaboré dans une société souvent brutale pour réconforter et assurer les pauvres croyants avec la bonne nouvelle que ce monde méchant a maintenant un «sauveur». Ce conte possède, au contraire, un contenu symbolique d’une extraordinaire pertinence et d’une grande vérité. Il annonce, en effet, que l’être humain se «sauvera», c’est-à-dire s’accomplira et parviendra un jour à la perfection évolutive de son humanisation : car, depuis toujours, Dieu a fécondé la terre des hommes par l’Énergie de son Esprit; car depuis toujours les enfants des hommes sont des enfants « divins » porteurs de l’Esprit de Dieu, de la Présence de Dieu, de la Force de Dieu et de l’Amour de Dieu; car, depuis toujours, Noël est inscrit dans l’agenda des projets cosmiques du Grand Esprit qui est Dieu.

La fête de Noël, avec l’enfant divin conçu, par l’esprit de Dieu, dans l’univers maternel du sein de Marie, manifesté aux grands et aux petits du monde (anges, rois et pauvres bergers) comme étant pour tous source de lumière et cause de salut, est donc une magnifique parabole qui illustre le mystère et la raison de la présence humaine dans notre monde. Dans le mythe chrétien de Noël, la place et la fonction de l’humain dans notre univers sont personnifiées dans la figure de Jésus de Nazareth. En effet, l’Homme qui, selon la légende, voit le jour à Bethlehem, a toujours été considéré par ses disciples non seulement comme l’exemplaire le plus accompli d’humanité, mais aussi comme l’homme qui a toujours été capable d’agir sous la mouvance de l’Esprit de l’amour qu’il savait avoir reçu de Dieu, son Père. Finalement, grâce à cet homme, quelque chose de bien est arrivé à notre monde, qui s’est ainsi quelque peu amélioré.

Ainsi la fête de  Noël (avec celle de Pâques) est-elle devenue pour moi une des célébrations de la foi chrétienne particulièrement évocatrice autant d’une vérité que d’un mystère d’amour qui ne finit pas de m’interpeller et de me fasciner.

Il me plaît de penser que chaque naissance d’enfant est une fête de  Noël; car chaque enfant vient au monde comme un désir de Dieu, comme une créature divine, comme un don du ciel, comme une merveille de la création, comme un nouvel espoir, comme un petit Jésus transfiguré par le charme et la beauté de Dieu, dans lequel la présence de l’Amour moule les fibres les plus intimes et les plus sensibles de son cœur d’enfant.

Il me plaît de penser que Noël est la célébration de la présence de l’Amour de Dieu dans l’homme ; présence capable de conférer à celui-ci la grâce, l’innocence, la douceur et l’attirance d’un enfant.

Il me plaît de penser que Noël est la fête de la bonté foncière de l’homme, dont la mission est de l’insérer, comme un levain, dans la pâte de ce monde pour qu’il puisse la faire fermenter.

Il me plaît de penser que  Noël est la fête de l’humain qui se construit, se développe et se réalise dans le don de l’amour, en accord avec l’esprit qu’il a reçu de son Créateur.

            Je pense donc qu’il est tout à fait vrai de dire que Noël est la fête de l’amour. Et c’est sans doute pour cela, qu’en ce temps de Noël, les manifestations et les signes d’amour débordent partout.

Seulement l’amour fait briller les yeux de l’homme. Seulement l’amour fait chanter le cœur de l’homme. J’imagine donc que c’est sans doute à cause de cela qu’à Noël les hommes sentent le besoin de s’envelopper de lumières et de chants.

Seulement l’amour nous apprend à prendre la vie comme un don du ciel et à nous considérer nous-mêmes comme une bénédiction de Dieu. Et si à Noël nous échangeons des cadeaux, n’est-ce pas inconsciemment pour nous signifier l’un l’autre que chacun de nous est un véritable don du ciel pour l’autre ; et que nous ne serions pas aussi heureux si l’autre n’était pas là ?

Le mystère d’amour que Noël renferme nous rappelle finalement que chacun de nous vient au monde avec la nécessité de se sentir accepté; avec le besoin de sentir et de savoir que, dans l’amour d’un autre, son existence est voulue, désirée, accueillie comme une valeur immensément précieuse et même indispensable. Noël annonce que chacun de nous ne trouve son bonheur que dans l’amour d’un autre, que dans la communion avec l’autre, que dans la relation et la fusion avec l’autre, et que l’autre est essentiel à notre bonheur.

 Cela n’est-ce pas la preuve de la vérité de tout ce que j’ai énoncé plus haut, à savoir, que l’autre, en tant qu’humain, est vraiment le lieu de l’incarnation et de la présence de l’amour de Dieu dans notre monde, puisque, dans ma vie humaine et dans la réalisation de mon bonheur, l’autre acquière pour moi l’importance et la nécessité de Dieu lui-même et qu’il devient, pour ainsi dire, « mon Dieu et mon tout»? En effet, dans l’amour, l’autre n’assume-il pas les caractéristiques d’un être qui est parfait, extraordinaire, merveilleux, admirable et adorable, comme Dieu lui-même ?

Le mystère de Noël nous invite ainsi à découvrir dans l’autre les traces de Dieu, et à nous réjouir de son existence. Chaque fois que nous aimons une autre personne au point de remercier Dieu pour l’avoir mise au monde, nous partageons et revivons à nouveau le désir cosmique pour l’humain et le miracle de la naissance de l’homme, sur le visage duquel nous reconnaissons à Noël, avec émerveillement et reconnaissance, les traits de la divinité.

Si à Noël nous célébrons avec la poésie du mythe la grandeur et la dignité de chaque être humain, porteur d’un projet divin et réceptacle de l’esprit et de l’amour de Dieu, il ne faut pas oublier que cette fête, en focalisant notre attention sur le petit enfant pauvre, nu et fragile de la crèche, est là aussi pour nous rappeler la vulnérabilité de notre condition et à la précarité de l’amour et de la présence humaine en ce monde, confrontés comme nous sommes, à chaque instants, à la méchanceté et à la tyrannie de ces Hérodes qui, de l’intérieur ou de l’extérieur de nous, cherchent continuellement à tuer l’enfant.

La célébration de la présence divine dans l’homme, que nous fêtons à Noël, veut cependant nous assurer contre les assauts dévastateurs de la cupidité et de l’égoïsme qui empêchent et ralentissent la progression de l’amour dans notre monde. Elle veut nous faire croire que le bien et plus fort que le mal; que l’amour l’emporte sur la haine; et surtout qu’aux humains est toujours ouverte la possibilité d’échapper à leur déshumanisation, à leurs divisions et à leur perte, si seulement ils sont capables de descendre dans les profondeurs de leur être pour aller y puiser à la Source divine qui les humanise, les harmonise, les unifie et les sauve.

Car, finalement, chacun est porteur, pour lui et pour les autres, de salut ou perdition; de bonheur ou de malheur: cela dépendra de l’accès qu’il aura su garder ou perdre à son cœur d’enfant.


BM


lundi 26 décembre 2016

Réflexions pour le jour de Noël

LAISSER NAÎTRE EN NOUS L'ENFANT DE DIEU QUE NOUS SOMMES 

            La liturgie de Noël nous présente cet enfant comme l’événement le plus formidable et le cadeau le plus précieux que l’humanité et donc chacun ne nous ait jamais reçu. Oui, il y a un enfant qui se cache en chacun de nous ! Et cet enfant porte en lui l’image et la ressemblance de Dieu, comme celui de la crèche de Bethléem. Cet enfant représente la partie la plus intime, la plus pure et la plus innocente, la plus vrai de notre être, ce centre profond qui renferme notre absolue unicité en tant que personnes et à travers lequel transparaît la présence de la divinité qui nous habite. Cet enfant qui est en nous, est l’enfant que nous sommes tous, en définitive, lorsque nous faisons tomber les masques et les ridicules déguisements sous lesquels nous l’avons enseveli dans notre angoissante anxiété de paraître des personnes adultes et accomplies.

Pour devenir des grandes personnes nous étouffons presque toujours l’enfant que nous sommes. Car, pour devenir des grandes personnes qui sont respectée, craintes, qui ont du succès, du pouvoir, de l’importance, pour faire partie des grands de ce monde, il faut tuer l’enfant sensible, délicat, confiant, innocent, aimable que nous sommes. Car pour réaliser nos grands projets d’adultes nantis, installés et puissants, l’enfant innocent ne sert à rien ; et nous devons avoir recours aux stratégies plus adultes de la force, du pouvoir, de la domination, de violence, de l’oppression et de la peur …

            Pour devenir des surhumains, nous devenons des inhumains…. Pour devenir des êtres riches et puissants, nous devenons des êtres misérables. Pour devenir de grandes personnes, nous sacrifions le petit enfant ; et comme le roi Hérode, pour garder notre royaume, nous sommes prêts à tuer l’enfant. Pour faire entendre autour de nous la voix de la force et du pouvoir, nous étouffons les cris de l’enfant qui pleure dans le berceau le plus secret de notre cœur.

            La sagesse chrétienne qui nous avons reçue de la Parole de Jésus nous dit: «Attention! Ouvrez les yeux ! Veillez, veillez à ne pas tout gâcher dans votre vie ! Pour être vraiment grands, il faut redevenir petit. Pour trouver la taille authentique de votre humanité, vous devez devenir comme des enfants ! Car ce sont ceux qui sont comme eux qui sauveront la terre et qui hériterons du Royaume de Dieu. Libérez l’enfant qui est en vous. Faites-le sortir de la prison où vos égoïsmes, vos passions et vos convoitises l’ont renfermé et vous verrez les miracles qu’il est capable d’accomplir dans votre existence ! …

            Si vous vous faites conduire par l'enfant en vous, vous deviendrez des personnes extraordinaires : vous serez plus simples, plus spontanés, plus vrais, plus transparents, plus purs. Vous deviendrez des personnes plus sensibles plus bienveillantes, plus compatissantes, plus vulnérables et donc aimables et attachantes. Comme des enfants, vous aurez envie de tendre vos mains pour sentir, toucher et serrer le monde qui vous entoure. Vous retrouverez le temps de regarder, la joie de communiquer, le goût de rire, de sourire, de vous amuser. Vous serez capables de vous étonner. Vous parlerez aux fleurs, aux animaux, aux gens que vous rencontrerez sur votre route, au Dieu qui habite votre cœur .....Et vous trouverez cela tout à fait normal. Vous commencerez à poser des questions, à interroger… les autres… vous-mêmes, le ciel… car vous découvrirez que vous vivez dans un monde plein de mystères; que vous ne connaissez pas tout ; que vous n’avez pas toujours raison et que vous avez besoin des autres …Vous deviendrez alors plus humbles, plus respectueux, plus confiants, plus reconnaissants … comme des enfants qui savent que leur vie ne dépend que de l’amour qu’ils reçoivent et de celui qu’ils sont capable de donner!

            Et c’est ainsi que vous croîtrez en humanité et que vous vous atteindrez la grandeur véritable que Dieu a réservée à ses enfants. Si vous êtes capables de faire venir à la lumière (naître) l’enfant qui est en vous, vous réaliserez la venue de votre être véritable, vous découvriez votre authentique visage, le visage que vous avez reçu de Dieu et qui est souvent horriblement défiguré par le mal et votre méchanceté.

            Serons-nous capables d ’accueillir cet enfant divin et de réaliser sa « venue » dans notre vie ? C’est le défi qui nous est lancé dans cette fête de Noël. Et c’est au cours de nos eucharisties que nous demandons au Seigneur la grâce et la force dont nous avons besoin pour devenir ses véritables enfants.

Quelques questions suscitées par ce texte :

-          À la banque de ma vie, quel est le solde de mon humanité ?
-          Suis-je en actif ou en passif ?
-          Suis-je plus riche ou plus pauvre ?
-          Mon capital en humanité a-t-il augmenté ou a-t-il diminué ?
-          Ai-je acquis des nouveaux actifs, ou ai-je dilapidé même ceux que j’avais ?
-       Ai-je fait fructifier mon talent à la bourse de mes engagements, ou je l’ai caché sous le matelas de ma paresse ?
-         Puis-je regarde le futur avec sérénité, confiance, espérance ; ou vois-je ma vie tourner en rond, emprisonnée dans le cercle vicieux de mes mauvaises habitudes et de mes égarements ?
-          Serais-je un jour capable de faire tomber les chaînes de mes convoitises qui m’emprisonnent dans des besoins artificiels et futiles, larguer les amarres et prendre le vent du large afin de naviguer vers de nouvelles rives, de nouveaux pays où je pourrais enfin retrouver et vivre selon ma véritable identité ?


BM


PER MEDITARE IL NATALE



            «Vi annuncio una grande gioia, che sarà di tutto il po­polo: oggi, nella città di Davide, è nato per voi un Salvato­re, che è Cristo Signore. Questo per voi il segno: troverete un bambino avvolto in fasce, adagiato in una mangiatoia» (Lc 2,10-12). È l'annuncio degli angeli ai pastori, la buo­na novella del Natale che ogni anno si rinnova per noi. Ma cosa significa riconoscere che Gesù è nato? Ed è nato per noi?

            Ogni nascita evoca anzitutto l'emozione di poter usci­re; pensiamo: il fiore esce dallo stelo, il passero dall'uo­vo, un bimbo dal seno materno. Anche Gesù “esce”. Esce dal grembo di Maria, come è uscito dal seno del Padre. Questo suo duplice uscire ha due ragioni profonde: Gesù esce dal Padre per rivelarlo a noi ; esce, poi, dal grembo di Maria per essere uno di noi, solidale con noi. Celebrare il Natale di Cristo significa allora aprirci a questa duplice e verità: aprirci  a Dio e aprirci all’uomo, cioè al nostro prossimo; diiventare delle persone capaci di far nascere relazoni.

            Ogni nascita richiama la nudità. Ogni bimbo  che  nasce  entra in questo mondo nudo. Gesù è nato nudo. La nudità ci rimanda alla fragilità, al bisogno, alla po­vertà. Con la nudità ognuno di noi è esposto all'acco­glienza o al rifiuto. E Gesù, fin da piccolo, sarà accolto e rifiutato. A ben guardare, egli non solo è nato nudo ma, po­tremmo dire, è rimasto nudo davanti al mondo tutta la sua vita Egli, infatti, non ha mai voluto vestirsi dei nostri orpelli,dei nostri valori fasulli,  di  tutte quelle cose che noi consideramo necessarie  alla nostra felicità o indispensabili per sentirci delle persone arrivate, riuscite, importani: possedimenti, soldi, potere, influenza, onori, prestigio umano e tanti e tanti  bisogni che ci schiavizzano e tanti e tanti oggetti e cianfrusaglie  inutili o superflui che ci trasciniamo dietro con tanto sforzo, perchè non fanno altro che  appesantire la nostra  esistenza  e impedirci di essere liberi e più  leggeri  per poter volare più  in alto, invece di strisciare incollati al suolo.

            Gesù è sempre  stato  privo dei nostri inutili rivestimenti umani: privo di tutte quelle vanità, di tut­ti quei segni esteriori che ai nostri occhi appaiono importanti per distinguerci dal nostro prossimo. Chi più libero di Gesù? Il Natale deve riportarci non solo ad uno stile di vita più semplice e più sobrio, ma anche a recuperare i valori umani  che abitano in noi. Vale sempre il richiamo di Leone Magno: «Riconosci, cristia­no, la tua dignità». La sola dignità del cristiano è quella di essere figlio di Dio e fratello di ogni uomo.

            Se ogni nascita evoca esodo e nudità, evoca anche solitudine. Il bambino che nasce, per la sua singolarità, è sempre un figlio unico. Diventerà poi adulto nella misura in cui as­sumerà questa sua originalità. Il valore di un'esistenza non dipende allora dal riconoscimento o meno degli altriè dentro di sé che l'uomo scopre il valore della sua persona e la ra­gione del suo essere ed operare. Ma questa scoperta im­plica il rifiuto di ogni omologazione, il rifiuto di tutte quelle mode o tendenze culturali che annullano il valore e la dignità della persona umana. Questa scoperta ci spinge ad essere degli esemplari unici e non delle copie; a scegliere il nostro cammino, il nostro destino, a non essere succubi del sistema, a non lasciarsi trasportare dalla corrente, dalle mode, dal così fan tutti, dall’invadenza di una publicità quasi sempre stupida ed insensata che cerca di programmarci, di robotizzarci per obbligarci a cedere agli impulsi più insulsi della nostra avidità e della nostra cupidigia.

         Certo, questa libertà ìnteriore, non è facile d’acquisire ed ha talora un prezzo alto, esigente. Pensiamo a Gesù, alla sua obbedienza al disegno di Dio. Per la sua fedeltà, egli è stato dapprima incompreso dai suoi familiari, poi rifiutato dalle folle, osteggiato dal potere ci­vile e religioso, e, in fine, abbandonato dai discepoli. Ep­pure, questa sua coerenza con se stesso, con le sue convinzioni; questa sua fedeltà a quei valori e principi che egli considerava provenienti da una volontà divina, sono state la dimostrazione più eloquente del suo impegno umano a favore degli uomini. Gesù non ha avuto paura di deludere, non è sceso a com­promessi, non ha ammorbidito la buona novella del Regno. Non importa se per questo era considerato un paz­zo, un fallito e un illuso. Fedele al Padre e agli uomini ha dimostrato così di essere fedele a se stesso.

            Tutto a il mistero de Natale è rinchiuso in questa frase del  prologo del  vangelo di Giovanni  che dice: « Ed Il Verbo si fece carne e venne ad abitare in mezzo a noi » (Gv 1,14), che tradotto in linguaggio moderno dice  “la Parola d’amore  di Dio (il Verbo) si è  inserita nella fragilià del cuore umano, ed ora l’amore di Dio è presente in  noi ed in mezzo a noi”
Il bimbo di Bethemme è allora  il simbolo e l’ncarnazione  di ciò  che è  o che  dovrebbe essere ogni uomo: presenza e luogo privilegiato dell’amore in vista  della trasfiguraione e trasformazone  del mondo
           
            In fondo, celebrare il Natale vuol dire decidersi per una scelta fondamentale, irrevocabile, che ha ripercussioni su tutte le altre scelte: quella della nostra umanizzazione. Quando si chiede ad un bambino: «Che cosa farai da grande?», la risposta più comune è: «Calciatore, avvocato, medico, ingegnere...». Difficilmente il bambino risponde: «Voglio diventare un uomo!». Il Natale ci dice  la grandezza dell’uomo. Il Natale ci racconta il mistero di Dio che si veste di umanità, facendosi l'ultimo di tutti gli uomini, il più povero, il più emarginato, il più indifeso. Gesù si presenta con le braccia allargate nella mangiatoia di Betlemme e sulla  croce per indicare l’abbraccio, l’accoglienza  che dovrebbero  essere le attitidini tipiche  d’ogni persona, creata per spandere nell’universo quell' amore che Dio-Padre le ha dato come suo unico bene e sua sola  eredità.
           
            L’uomo d’oggi ha dunque più che mai bisogno d’andare a Betlemme per ritrovare sé stesso, perché mai come ora è messa in discussione la verità circa la persona umana. Gesù è la luce che rivela il senso del rapporto con Dio, con gli altri, con sé stessi e con il creato. L’essenziale non è cosa ci ha portato qui stanotte, ma cosa siamo disposti a recepire dal mistero del Natale. Qui si celebra  Dio diventato persona umana perché noi, finalmente, impariamo a riconoscere la nostra origine, la  nostra funzione nel mondo  e la nostra mèta. Deve essere splendida la vita e grande la nostra dignità, se Dio entra nella fragilità della nostra condizione umana e vuole aver bisogno di noi per portare a termine la sua creazione !  Ecco perché  il Natale  è  festa  per  tutti,  anche per chi frequenta la Chiesa solo in questa occasione. Il suo mistero ci confronta necessariamente alla verità del nostro essere: ci ricorda infatti da dove veniamo, di che cosa  siamo fatti,  qual’è la ragione della nostra presenza e della nostra esitenza in questo mondo: energie intelligenti d’armonia, d’attrazzione  e d’amore  che guidano l’universo verso la  sua perfezione ed il suo compimento.


BM

L'UTOPIE DE JÉSUS OU LE RÊVE DES CHRÉTIENS

 (Mt. 11,2-11 - 3e dimanche de l’Avent A)

Les livres prophétiques de la Bible annoncent presque à l’unanimité qu’un jour Dieu interviendra dans notre monde, qu’il se manifestera en force et qu’il changera le cours de l’histoire, ainsi que le cœur et la vie des hommes, en instaurant sur terre un royaume de justice, de liberté d’amour et de paix. Cette annonce a pris le nom d’Utopie biblique.

Une Utopie, (comme l'étymologie du mot l’indique) est quelque chose (un événement, une situation, un état), qui n’a pas de «topos», c’est-à-dire qui n’a pas de place, qui n’existe nulle part, mais dont on souhaiterait ardemment la réalisation ou l’implantation sur notre terre. Elle fait partie des rêves. Or les rêves, avec un peu de chance, peuvent devenir réalité si on lutte assez fort pour qu’ils adviennent. Contrairement aux autres grandes religions, le rêve et la pensée utopique sont une composante essentielle de la religion judéo-chrétienne.

Il y a différentes spiritualités et différent courants de pensée dans les religions. Il y a des religions, comme le bouddhisme, le shintoïsme, le taôisme, qui expérimentent le sacré dans la prise de conscience de soi-même, dans la sagesse, les vertus morales, l’intériorité, la méditation et la pensé silencieuse, l’expérience d’une libération des passions et des convoitises de la vie, dans l’apaisement et l’illumination intérieure ; dans la découverte de la non-dualité ; dans la dissolution du «Moi» dans le »Tout».
D’autres religions, comme l’Hindouisme et les religions primitives, expérimentent le sacré dans la nature, le cosmos, dans l’unité, la syntonie, la connectivité et l’interdépendance de tout ce qui existe et qui devient expression de virtualités sacrées, d’énergies divines, de forces mystérieuses qui produisent beauté et émerveillement.
La religion de la Bible (judéo-chrétienne), pour sa part, a expérimenté le sacré dans l’histoire des hommes, en s’imaginant la possibilité d’une relation personnelle avec la divinité et d’une irruption du divin dans notre monde, afin de créer une société humaine fondée sur la justice, la paix et l’amour. Dans cette vision, les principaux bénéficiaires du monde restauré dans la justice, la paix et l’amour sont évidemment ceux qui sont mal-aimés, ceux qui subissent violence et injustice : donc les pauvres, les exploités, les opprimés, les persécutés, les exclus et les souffrants de toutes sortes … Ce qui est bien exprimé dans le psaume 145 de ce dimanche:
Le Seigneur fait justice aux opprimés;
Il donne du pain aux affamés;
Le Seigneur délivre les captifs ;
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles ;
Le Seigneur redresse ceux qui sont courbés ;
Le Seigneur aime les justes.
Le Seigneur protège l’étranger,
Il soutient la veuve et l’orphelin ,
Il renverse la voie des méchants. 
D’âge en âge, le Seigneur régnera.

Cette utopie de la Bible juive, reprise ensuite par les évangiles, a pris le nom de «règne de Dieu », car lorsque Dieu règne, le monde se transforme. Jésus de Nazareth a fait de ce rêve biblique le combat de sa vie et il est mort pour essayer de le réaliser. Ce rêve il l’a transmis à ses disciples comme une mission à accomplir, comme la preuve de leur appartenance et le signe de sa présence : «Faites cela en mémoire de moi ». Et depuis ce temps, l’instauration du règne de Dieu est devenue l’aspiration, le désir et la prière fondamentale de tous ceux et celles qui ont suivi le Prophète de Nazareth. Et c’est pour cela que les chrétiens lorsqu’ils prient avec les mots que Jésus leur a laissé, disent: «Notre Père qui es aux cieux que ton règne vienne, Marana tha.» .

L’Avent est essentiellement ce temps où nous, les chrétiens, revivons ce projet de Jésus qui maintenant est devenu le nôtre et où nous replongeons dans ce rêve du Maitre de Nazareth qui est au centre de notre foi. C’est pour cela que cette période de l’année liturgique est caractérisée par le désir, l’attente, l’espoir que ce désir d’un monde nouveau et différent s’accomplisse enfin. L’espoir produit en nous la vertu de l’espérance.

L’Avent est donc un temps où nous sommes appelés à réfléchir sur cette dimension essentielle de notre foi pour nous interroger jusqu’à quel point nous l’avons assimilée ; jusqu’à quel point elle nous passionne, nous fait vibrer ; jusqu’à quel point elle motive nos engagements et nos actions. Car, en regardant l’état actuel de notre monde et surtout de notre société occidentale, qui a pourtant baigné pendant presque deux millénaires dans une culture chrétienne, on a l’impression que le christianisme a oublié ou évacué le rêve de Jésus, que les chrétiens ont failli à leur tâche et qu’ils ont bâillonné autant l’Utopie que l’espérance.
           
L’évangile de Matthieu présente Jean le Baptiseur comme un prédicateur qui demande à ses contemporains de se convertir parce que le royaume de Dieu est proche. En ces temps anciens de mentalité préscientifique et apocalyptique l’habitude à imaginer des irruptions soudaines de divinités dans notre monde pour s’immiscer dans les affaires humaines était très rependue et servait souvent de stratagème publicitaire pour faire bouger ou attirer les foules. Aujourd’hui ce langage apocalyptique que le Baptiste utilisait n’a plus d’impact sur nous. Aujourd’hui nous comprenons que nous ne devons pas attendre que le règne de Dieu nous tombe du ciel tout prêt et tout fait, et que nous devrions l’attendre en nous frappant la poitrine. Nous comprenons que nous ne devons pas nous convertir parce que le règne de Dieu est proche, mais, au contraire, que le royaume de Dieu ne pourra se rapprocher de nous et de notre monde que si nous nous convertissons, enmodelant notre cœur, nos pensées et notre esprit sur le cœur, la pensée l’esprit et le comportement de Jésus.

Jésus disait que le royaume de Dieu est déjà en nous, comme un germe, comme une possibilité, comme une promesse. Ce qui veut dire que la constructions d’un monde meilleur, car plus juste et plus humain, dépend de ce que nous sommes, des valeurs qui nous habitent, de la qualité de notre cœur, de la sensibilité, de l’attention, du respect, de la passion, de la compassion et de l’amour avec lesquels nos entrons en relation avec Dieu, le monde, la nature et les êtres vivants qui nous entourent. C’est en nous que le Royaume de Dieu prend sa naissance. C’est de nous que dépend la réalisation sur terre des conditions qui permettent aux humains d’y vivre avec la dignité des enfants de Dieu.

À nous donc, les chrétiens, est confiée la tâche de donner consistance et réalité à l’utopie de Jésus. Jésus s’y est attelé de toutes ses forces ; il en a présenté les signes et les prémices à Jean le baptiseur qui, du fond de sa prison, s’interrogeait sur le sens de la mission de ce jeune prédicateur. Jésus lui envoie un message pour lui dire: «Rassure-toi, le royaume de Dieu que tu as annoncé est en train de se bâtir. En voici la preuve : le aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les morts récupèrent la vie et cette bonne nouvelle se répand déjà parmi les pauvres et les maganés de la vie…. L’espérance et l’espoir s’allument dans le cœur et l’esprit de ceux qui m’écoutent et me suivent …»

Les disciples de Jésus sont des personnes convaincues que notre le monde est habité par la présence de l’Esprit de Dieu. Alors, comme le Nazaréen et à sa suite, devenons aussi des individus qui ne se laissent pas abattre par la constatation du mal, mais qui croient à la prépondérance du bien en ce monde et en la force innovatrice de l’amour que le Grand Esprit a déposé dans les profondeurs du cœur de l’homme.     


BM




Sei tu colui che deve venire ?

(Terza dom. di Avvento A)

         Anche oggi il principale attore della pagina evangelica è Giovanni Battista, ma c'è una novità. Domenica scorsa ci veniva presentato come il grande precursore, il grande annunciatore di Gesù, ora sembra perdere questa lucidità e determinazione nel compiere la propria missione e Matteo ce lo presenta  sconcertato, angustiato, smarrito, dubbioso. Giovanni Battista , nell'oscurità del carcere, è attraversato da un dubbio lacerante. Il dubbio si alimenta al pensiero che lui in carcere digiuna mentre Gesù mangia con pubblicani e peccatori; lui annuncia che il ventilabro sull'aia separa la pula dal grano, mentre Gesù annuncia a tutti il perdono e la misericordia... Tutto quanto si vede e si sente sul Messia sembra andare nella direzione opposta di quanto lui aveva profetizzato. Allora la domanda angosciante: "Sei tu colui che deve venire o dobbiamo attenderne un altro?"

         La sua domanda è la nostra domanda, è la domanda che ha attraversato i secoli e che risuona oggi più viva che mai, dinanzi al disorientamento dell'uomo moderno  e del rovesciamento di tutti i valori.
Alzi la mano chi non ha mai pensato in questo modo. Come cristiano e come prete a me è capitato spesso di chiedemi :” Non mi sarò sbagliato a seguire Gesù ? Non avrò preso un abbaglio a porre in lui la mia fede, la mia fiducia, non mi sarò sbagliato a credere che lui è il Figlio di Dio? Ma è poi vero che lui ci viene da Dio ? Che lui ci rivela il pensiero di Dio? Ma è poi vero che lui solo possiede parole di verità, che lui sia la via, la verità e la vita come è scritto nel Vangelo ? È poi vero che lui, la sua parola, il suo insegnamento ci facciano conoscere la volontà di Dio. Ma è poi vero che il suo messaggio possieda il potere di strasformare la mia vita e di far lievitare questo mondo allo scopo di renderlo più sicuro, più salvo, più giusto, più buono, più pacifico? Sei tu, Gesù la risposta a questi problemi o dobbiamo pensare ad altre soluzioni?
Quante volte il dubbio bussa alla porta della nostra fede. Guardando al Natale, alla fragilità con cui Dio si presenta: un bambino avvolto in fasce, anche noi ci chiediamo: "Sei tu l'Onnipotente che deve venire o dobbiamo aspettarne un altro? Come possiano credere che sei il Salvatore dell’umanità, se milioni di esseri umani si perdono e muoiono vittine dell’ingiusitizia, dello sfruttamento, dell’avidita e della violenza di altri uomini? Come possiamo credere che tu sei colui che è venuto a instaurare il regno di Dio nel mondo, quando in realtà ci sembra che nel  mondo  regni piuttosto il demonio e lo spirito del male ?  Come possiamo credere che tu sei venuto a portare al mondo la giustizia, l’amore, la fratellanza e la pace, allorchè intorno a noi non vediamo altro che ingiustizie, divisioni, disuguaglianze odio, aggressività, violenza e guerre?
Siamo sinceri: ci vuole una buona dose di fede e... d'incoscienza per affermare che Gesù è il Salvatore e il Redentore del mondo; che il mondo è salvato e che il regno di Dio, predicato e promesso da Gesù, si sta realizzando. Ma dov’è questo mondo salvato? Dove sono questi uomini redenti? Guardate intorno a voi: dopo due mila anni di cristianesimo, avete voi l’impressione di vivere in un mondo salvato? Dopo questa lunga infusione di cristianesimo durata più due mila anni, avete voi l’impressione che sia cambiato qualcosa e che il mondo e la società di oggi siano davvero migliori di quelli di ieri? .

         Nel Vangelo di oggi, alla domanda di Giovanni Battista, Gesù risponde: "Guardate!.. .i muti parlano, i sordi odono, gli zoppi camminano..." Guardarte intorno a voi, dice Gesù, sì, è vero… c’è ancora tanta gente che soffre, che vive in  condizioni  spaventose ; è vero che c’è ancora tanta gente che si perde nel baratro dell’odio, della vendetta, dell’intolleranza, dell’egoismo, dell’avidità, della violenza, della guerra … ma guardate bene intorno a voi  e vi accorgerete che c’è anche  moltissina  gente che ne è guarita, liberata,  trasformata in meglio, salvata … quanta gente riacquista  la vista, quanta gente al mio contatto vede la realtà con occhi nuovi ; quanta gente prostata, paralitica, al mio contatto si rimette in piedi e riprende a camminare … quanta gente grazie a me, alla mia parola, alla mia presenza, esce dalla sua solitudine, dalla sua angoscia e si rimette a vivere, a  comunicare, a creare relazioni, a parlare, a sorridere, a ridere, a vivere. Quanta gente ritrova la gioia, la serenità , la pace. Guardate  bene intorno a voi e vi accorgerete che, ancora oggi, i demoni  sono scacciati, i ciechi riacquistano la vista, i paralizzati si rimettono in movimento, i lebbrosi e gli ammalati  sono guariti ... perchè  oggi e sempre le persone che mi incontrano, che mi accolgono nella loro vita, riescono a liberarsi dai mali e dagli spiriti i cattivi nascosti nel loro cuore.
Se tutto questo avviene, se questi miracoli avvengono, se tuttora  queste  trasformazioni e queste guarigioni sono in corso nella vita di tanti cristiani … ciò significa che è davvero presente in mezzo a voi la Forza che salva , che è giunto fra di voi il regno di Dio …” !

         Certo c’é ancora tanto male, tanta cattiveria e tanta sofferenza nel mondo; ma se guardate accuratamente intorno a voi, vi accorgerete che c’è  anche tanto bene, tanta bontà, tanta generosità, tanto amore. Anzi, vi accorgerete che il peso del bene è molto più importante del peso del male. Ed è proprio la presenza di questa immensa quantità di bene ciò che salva il mondo e contina a mantenere in vita l’umanità.“

          Ecco che allora, dinanzi alla certezza che Gesù è colui che salva, anche se la sua azione si nasconde nella fragilità di una umanità peccatrice , possiamo chiamare questa domenica, non la domenica del dubbio, ma la domenica della GIOIA. Nell'oscurità  delle nostre paure e dei nostri dubbi nasce un chiarore di speranza... E noi cristiani possiamo davvero rallegraci, perché grazie a Gesù sappiamo che il bene sarà sempre più forte del male, che l’amore sarà sempre più abbondante dell’odio; che Dio sarà sempre dalla nostra parte visto che siamo suoi figli e che niente e nessuno potrà allontanarci o strapparci dal suo amore. «Se Dio è con noi,  chi sarà contro di noi? Vieni, Signore, Gesù! Marana  tha! ».


BM









jeudi 1 décembre 2016

LES DANGERS DE LA STUPIDITÉ HUMAINE

(Mt. 24,37-44 – 1er dimanche de l’Avent A - 2016 )


            Depuis l’antiquité les écrivains des livres sacrés ont certes chanté la bonté de ce monde sorti de la Source Créatrice revêtu d’une éblouissante beauté ; mais ils ont surtout pleuré sur la bêtise humaine qui a vite enlaidi pareil chef d’ouvre d’harmonie et de grâce avec la turpitude du « péché ». Leurs textes sont donc souvent assombris par leurs lamentations sur l’étourderie et l’aveuglement des humains, incapables de lire et d’interpréter, dans leurs sociétés et dans la nature, les signes annonceurs des catastrophes imminentes. Dans les évangiles, Jésus aussi a uni sa voix à celle de ces anciens prophètes pour inviter ses disciples à se réveiller, à soulever la tête, à ouvrir les yeux, à regarder loin, au-delà de leur petites routines, vers les vastes carrefours du monde, vers la route de la mer sans limites, au delà des frontières du pays de Zabulon et de Nephtali (Mt.4,15), afin de pouvoir saisir les signes d’un malaise universel, les symptômes d’un monde qui semble sur le point de s’effondrer à cause, non pas d’une décision de Dieu, mais de la démence et de la convoitise humaine. Car cela est en train d’arriver, dans l’apathie et l’indifférence générale, sans que personne ne se doute de rien.

            Jésus, qui était un rêveur, un spirituel et un homme de Dieu, était convaincu que la fin de ce monde aurait marqué le début d’un monde nouveau dans lequel Dieu lui-même serait intervenu pour le rebâtir sur d’autres bases, d’après d’autres paradigmes et avec des humains complètement renouvelés et améliorés. Mais Jésus, qui était aussi un homme réaliste, savait que cette intervention de Dieu qui était souhaitable, serait cependant restée longtemps dans le domaine du mystérieux et de l’imprévisible, peut-être aussi seulement dans le domaine du désir ou de l’utopie, étant donné que, finalement, personne ne savait vraiment comment et quand cela se réaliserait.

            Alors, ce qui pour Jésus était important, c’était de susciter chez ses disciples la soif d’un monde différent, ainsi que la prise de conscience que celui dans lequel ils vivaient était loin d’être exemplaire ; et de les convaincre que seulement à travers leur conversion, leur responsabilité et leur engagement actif, l’intervention de Dieu aurait pu être efficace dans l’instauration de ce monde nouveau qui, pour Jésus, devait ressembler  à un genre de « royaume de Dieu » sur terre.

            Éveil, prise de conscience, changement intérieur, engagement, mais aussi et surtout espoir et « attente »: voilà les postures intérieures qui, pour le Nazaréen, auraient pu faire la différence entre détermination et résignation, entre dynamisme et fatalisme, entre un monde humain et un monde inhumain, entre une planète saine et une planète malade, entre un future encore envisageable ou une catastrophe assurée.
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            C’est donc avec raison que Jésus exhorte ses disciples à développer en eux la disposition de l’« attente». En effet l’attitude de l’attente est intimement liée à la conviction de la faisabilité de ce que l’on attend. Car attendre c’est croire fermement que ce que l’on attend peut et, sans doute, finira par se réaliser. Ce serait de la folie, en effet, que d’attendre l’impossible. Susciter dans l‘homme l’attitude de l’attente équivaut donc à susciter en lui le désir d’accomplir, ou d’aider à ce que s’accomplisse, ce que son cœur attend et espère. C’est lui instiller la confiance dans ses capacités de se sauver et de sauver le monde. C’est lui faire comprendre que sa réussite et sa perte, sa vie et sa mort, ne dépendent que de lui, parce qu’il est le seul forgeur de son destin et de celui de la planète qui l’accueille. C’est le convaincre que le futur de son monde et de son espèce est entre ses mains. C’est croire en la bonté foncière de son cœur et dans la bonne qualité de sa raison. C’est parier sur l’homme et avoir confiance en l’homme qui attend et qui espère, avec la certitude qu’il aura les capacités de faire «advenir» l’objet de ses attentes et de ses désirs.

            Je pense que depuis toujours la grande faiblesse des humais a été leur aveuglement, leur stupidité et leur irresponsabilité, rendus possibles par la recherche angoissée de leur sécurité et de leur bonheur immédiat. Centrés comme ils sont sur la réalisation de leur bien-être et de leur réussite individuelle, l’étendue de leur regard ne dépasse pas le périmètre restreint de leurs préoccupations et de leurs intérêts personnels. Nous, les humains, nous limitons généralement le monde presque exclusivement à ce qui tourne autour de notre personne. Au-delà de notre petit monde, le grand monde, le vrai monde, n’existe pas et la diarrhée de notre caniche de luxe nous affecte émotionnellement plus que les 795 millions de personnes qui souffrent de la faim autour du globe.

            L’origine de cette insensibilité et de cette inconscience doit être principalement recherchée dans notre incapacité de nous voir comme une partie intégrante d’un Tout, appelé «uni-vers» où toute ses composantes, unies et interdépendantes, tendent justement «vers l’unité». Nous avons beaucoup de difficulté à admettre que l'Univers est prioritaire et que nous sommes secondaires ; que nous devons organiser nos activités en fonction du bien-être du monde et donc du milieu naturel dans lequel nous vivons, et non pas l’exploiter en fonction de nos profits. Nous avons beaucoup de difficulté à comprendre que nous devons vivre aux rythmes de la bonne respiration de notre planète ; et non pas l’essouffler en le pliant aux cadences de notre voracité. Beaucoup parmi nous ne réalisent pas encore que notre salut dépend du salut des ecosystemes, c'est-à-dire du milieru naturel dans lequel nous vivons ; ou qu’il est impossible d’être en bonne santé si notre terre est malade; ou de continuer à vivre, si la terre se meure. Il faut saisir que nous vivons en symbiose profonde avec toutes les créatures de notre monde, avec lesquelles nous sommes liés par une relation essentielle et de totale et nécessaire interdépendance. De sorte que chaque fois que cette unité et que cette solidarité entre les composante animées ou inanimées de notre monde est perturbée ou détruite, c’est le bien-être et l’existence de nous tous qui sont en danger.

            Nous voyons tout de suite l’extraordinaire actualité et pertinence de ces textes d’évangile dans lesquels le Maitre de Nazareth convie ses disciples vers les attitudes de la vigilance, de la sensibilité, de l’attention, de l’éveil, de la prise de conscience , de la responsabilité, de l’engagement et de l’attente dans notre relations avec nos frères humains et le monde que nous habitons.
           
            En effet s’il y a une chose qui aujourd’hui saute aux yeux lorsqu’on considère l’état de notre société et de notre monde, c’est bien l’énorme irresponsabilité et la révoltante insensibilité des gouvernements et des bonzes des grandes entreprises face aux problèmes écologiques qui menacent la santé de la planète et le futur de l’humanité.

            Nous réalisons maintenant que, depuis la fin XIXe siècle, le rêve tant vanté d’une révolution industrielle et d’un libéralisme économique fondés sur l’entreprise privée, la libertés des marchés et la libre circulation des capitaux qui apporteraient à tout le monde bien-être et progrès… ce rêve, en réalité, s’est progressivement transformé en cauchemar, le cauchemar d’une régression économique de niveau planétaire et d’une catastrophe écologique sans précédents dans l’histoire de l’humanité qui, si elles ne sont pas arrêtées à temps, finiront par tous nous perdre.

            Que conclure de tout cela ? Personnellement je pense que la fin de notre monde, tel que nous le connaissons maintenant, est nécessaire et, sans doute, inévitable. Mais ce ne sera peut-être pas la fin du monde en tant que tel. Un autre monde meilleur, plus en santé, plus juste et plus humain pourra surgir de l’ancien, à condition cependant, que les hommes acceptent de changer leur style de vie ; de reprogrammer leur façon de penser ; de renégocier leurs priorités et de revoir l’échelle des valeurs qui dirigent leur vie. Il faut qu’ils deviennent moins  avides, moins rapaces, moins consommateurs. Il faut qu’ils d’adoptent un mode de vie plus simple, plus frugal, plus sobre, plus modeste. Il faut qu’ils soient disposés à se contenter de l’indispensable et de l’essentiel ; et à ne pas céder au caprice du luxe et le superflu. Il faut qu’ils soient décidés à ne pas se fabriquer des besoins inutiles et artificiels. Il faut que tout le monde arrive à se convaincre que, dans l’état actuel de la planète, le salut de l’humanité ne passe pas par l’accroissement, mais par la diminution de la consommation ; et que, paradoxalement, la possibilité d’un réel bien-être pour tous, consiste maintenant dans la nécessaire récupération d’une nécessaire et décente pauvreté pour tous.

            Aujourd’hui, c’est avec surprise et étonnement que l’on découvre que les vicissitudes à travers lesquelles l’histoire de l’humanité est passés le long des siècles, ont fini par donner finalement raison à l’intuition du Prophète de Nazareth qui, il y a deux mil ans déjà prêchait avec insistance, à qui voulait bien l’entendre, que seulement une saine forme de pauvreté aurait pu sauver le monde. Il proclamait haut et fort que la terre appartiendra à ceux qui sont doux, sensibles, respectueux  et attentifs envers elle (Mt.5,5). Il disait que le bonheur des humains sur la terre sera garanti seulement par ceux qui auront su garder un esprit de détachement et de pauvreté (Mt.5,3; Lc.6,20). Quant aux riches - affirmait-il sans hésitation- jamais ils ne pourront construire un monde véritablement humain, réglé selon les principes de l’amour  et du respect de l’autre, y entrer eux-mêmes et y réaliser pour eux-mêmes une forme réussie d’humanité ! (Luc 18,24-28).

            Il faudra donc que nous apprenions  à ne pas nous laisser charmer par la voix enchanteresse des sirènes de la publicité qui, profitant de notre naïveté ou de notre stupidité,  cherchent à nous leurrer, en sollicitant notre convoitise par toutes sortes de délices indispensables à notre bonheur; mais qui, en réalité, ne font que détériorer inexorablement  autant notre planète que  la qualité de notre existence. Il faudra donc que les humains de notre temps trouvent la sagesse et le courage d’inverser la direction de leur marche et d’emprunter d’autres chemins, possiblement des chemins semblables à ceux proposés par le Prophète de Nazareth et qui se caractérisent par l’éveil,  la sensibilité, la responsabilité, la frugalité, le soin, le respect, l’émerveillement, la capacité d’un amour qui se donne sans compter et qui se déverse partout pour tout humaniser, tout féconder et tout porter à son épanouissement.



BM


vendredi 25 novembre 2016

LA FIN DU MONDE OU LA FIN D’UN MONDE ?....

( Luc 21,5-19) - 33e dimanche ord.C

 Les chrétiens pour lesquels l’Évangéliste Luc autour des années 80-85 écrivait son évangile, étaient aux prises avec trois grosses questions auxquelles l’auteur cherche à donner une réponse pour tranquilliser les croyants. Quelles étaient les questions qui angoissaient ces anciens chrétiens?

Premièrement : la disparition du temple de Jérusalem (détruit en l’an 70 par l’armée romaine de Tite) et de la ville elle-même, suivie de la subséquente dispersion du peuple juif hors de la Palestine. C’était la fin du judaïsme en tant que religion identifiée à un territoire et à un État. Or le temple de Jérusalem était, avec sa ville, le symbole de l’alliance de Dieu avec le peuple juif; le signe tangible et visible de l’élection, de la bienveillance et de la présence de Dieu au milieu du peuple auquel Dieu avait juré une protection et une fidélité éternelle. Comment Dieu avait-il pu oublier ses promesses et abandonner de la sorte une nation qu’il avait pourtant élue pour être guide et lumière pour toutes les autres nations de la terre ? Dieu serait-il infidèle ? Dieu ne maintiendrait-il pas ses promesses ? Dieu aurait-il châtié ainsi toute une nation parce que ses chefs n’auraient pas reconnu en Jésus de Nazareth son envoyé et son messie ? Dieu serait-t-il à ce point cruel, rancunier et partisan, alors que Jésus avait pourtant enseigné qu’il est un Père qui aime tous sans distinction de religion, de culture et de race ? Un vrai dilemme donc pour les adeptes d’un mouvement spirituel issu du judaïsme.

Deuxième point qui tracassait les chrétiens du temps de Luc était la constatation qu’eux aussi subissaient toutes sortes d’épreuves et de vexations. En Palestine, ils étaient haïs, pourchassés, emprisonnés et tués par les autorités religieuses juives. En dehors de la Palestine, ils étaient persécutés par les autorités civiles romaines qui les soupçonnaient et les accusaient de trahison et de différents autres crimes. Sans parler des drames et des contestations qui pouvaient surgir au sein d’une famille lorsque quelqu’un de ses membres adhérait à cette nouvelle secte et se convertissait à cette nouvelle foi. Si ces anciens chrétiens pouvaient comprendre que Dieu avait pu délaisser, d’une certaine façon, son ancien peuple, ils éprouvaient de la difficulté à accepter que Dieu n’accorde pas plus d’attention et de protection à son nouveau peuple, à cette nouvelle communauté qui avait adhéré à Jésus et qui avait cru à sa mission d’envoyé et de messie de Dieu.

Le troisième point qui préoccupait les chrétiens du temps de Luc était la question de la fin du monde. Cet argument enflammait les esprits, causait toute sorte d’états d’âme, allant de la panique à l’exaltation. Il était une source de continuelles discussions, de suppositions, de création de scenarios rocambolesques et fantastiques, les uns plus bizarres que les autres. Autant les juifs (y compris Jésus) que les chrétiens étaient convaincus que Dieu s’apprêtait à intervenir d’une façon drastique pour mettre fin à ce monde tel que nous le connaissons, pour en commencer un autre meilleur ici ou ailleurs.

Dans son évangile Luc intervient pour mettre les choses dans leur juste perspective, pour éclairer et rassurer ces chrétiens traumatisés et inquiets, afin qu’ils puissent vivre leur foi dans la paix et la sérénité. Et il fait cela en attribuant ici à Jésus un discours, des paroles, des affirmations, dont la fonction est d’établir ses disciples dans la confiance en la bonté et l’amour d’un Dieu qui ne peut pas se démentir, même si toutes les apparences apparaissent parfois contraires.

Les questions et les peurs des chrétiens du premier siècle ont changé maintenant de contenu, mais elles continuent à angoisser avec la même acuité les gens du XXIe siècle.
Combien de fois, devant des conjonctures difficiles ou à des événements dramatiques, nous sommes tentés de dire : « C’est la fin du monde !». Cela peut être dû à des situations d’injustices sociales flagrantes, à des cas de corruption, de désordre moral ; aux mauvaises nouvelles que nous lisons dans les journaux ou que nous entendons à la télévision. Cela peu été causé par la prise de conscience que nous vivons sur une poudrière qui peut sauter en l’air à n’importe quel moment ; car les hommes dans leur stupidité et leur folie, ont pensé que la meilleure façon de se sentir en sécurité c’était de miner la planète avec des milliers de bombes atomiques enfouies et parsemées un peu partout autour du globe. C’est le fanatisme religieux qui sévit dans le monde et qui est à l’origine des conflits armés, du terrorisme international, de l’exode massif de populations entières à la recherche d’endroits plus sécuritaires et plus pacifiques. C’est la détérioration de l'environnement, l’exploitation insensées des ressources naturelles, la destruction des écosystèmes nécessaires au maintien et au développement de la vie... et tout cela causé uniquement par la cupidité et la bêtise humaines. Ce sont les bouleversements climatiques causés par le réchauffement, par la pollution et la déforestation, C’est la pauvreté endémique de la majorité des habitants de la terre, la malnutrition, l’esclavage, les injustices sociales, l’inégale distributions des ressources et des richesses…Tout cela génère la conviction que l’humanité est en danger. Cela produit l’impression que nous allons à la dérive : sinon vers la fin du monde, certainement vers la fin de l'humanité. Et le tragique, ou le ridicule, de la situation que nous sommes en train de vivre consiste proprement en cela : que c’est nous, les humains les seuls coupables des maux dont nous souffrons ; les seuls responsables de la peur que nous ressentons et des malheurs que nous nous infligeons. Tout cela est causé en effet, et presque exclusivement, par notre cupidité et par notre consumérisme démesuré et irresponsable.

Il n’est pas possible alors d’entrevoir ou de programmer un avenir de justice, de bien-être et de paix tant que l’égoïsme et le profit individuel sont érigés en système opératif et en norme de vie. On ne peut pas rêver d'une Planète saine, propre, luxuriante et d’une humanité prospère et en bonne santé si, pour faire plus d’argent, nous empestons avec nos pesticides les terres cultivables; si nous contaminons l’air que nous respirons; si nous empoisonnons les nappes phréatiques qui nous fournissent l’eau que nous buvons; si nous détruisons les forêts qui absorbent le dioxyde de carbone (CO2), principal responsable du réchauffement planétaire, avec toute les fâcheuses conséquences que cela entraîne pour la survie de l’humanité (changements climatiques causés par les bouleversement des courants d’air et des courants marins, l’augmentation du niveau des océans, inondations, disparitions de terre habitables, etc.).

On dirait que la hantise du profit a rendu les hommes tellement aveugles et stupides qu’ils sont incapables de voir et de comprendre qu’une Planète malade ne pourra jamais produire une humanité saine et que le rêve tant proclamé d’un bien-être et d’un progrès infinis, obtenus par une exploitation et une consommation indiscriminée et sans mesure des ressources naturelles, peut transformer ce rêve en cauchemar et faire régresser l’humanité à l’Âge de pierre.

On a l'impression que dans cette époque de libéralisme industriel et de capitalisme économique, pour la grande majorité des hommes d’affaires de notre temps le bien de leur portefeuille est plus important que le bien de notre race. Face à tout cela, il est juste de se soucier. Mais notre préoccupation ne sert à rien si elle n’est pas accompagnée d’un changement radical dans notre façon de penser, d’agir, de valoriser les priorités et de voir notre relation avec cet Univers qui nous a mis dans l’existence et duquel nous dépendons entièrement.

C’est un fait qu’aujourd'hui beaucoup de gens ont peur de l'avenir. Les parents s’interrogent avec anxiété sur ce que sera le futur de leurs enfants. Nous nous rendons compte que le futur est loin d'être assuré et rassurant: dans cent ans, aurons-nous encore des bons sols à cultiver ? Assez d’eau potable pour satisfaire nos besoins et une bonne qualité d’air respirer ? Assez de forêts et de milieux naturels où la vie et la diversité des espèces peuvent se maintenir et prospérer ? Aurons-nous assez de nourriture pour tous, assez de travail, de soins, de sécurité économique, de justice, de respect mutuel, de tolérance, de fraternité, de paix ? Nous sommes inquiets, parce que nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve, étant donné que nous avons devant les yeux les signes évidents et inquiétants d’une humanité qui semble avoir perdu la raison.

Ces textes « apocalyptiques » de l’évangile de Luc que nous lisons en ce XXIe siècle ne sont pas étrangers à nos préoccupations et à nos états d’âme, qu’ils viennent plutôt raviver. Certes, le langage que Luc met ici sur la bouche de Jésus sont loin d’être clair et bien articulé, de sorte qu’il est difficile pour nous aujourd’hui de saisir de quoi Jésus veut parler précisément. Mais une chose est certaine : ces textes veulent aider les chrétiens à vivre dans la confiance.

En définitive, le message que ces textes veulent transmettre est le suivant: quoi qu'il arrive... Ne vous effrayez pas... Ne vous appuyez pas sur des valeurs qui ne sont pas définitives.... Rien n’est stable dans l’Univers, mais tout évolue vers une complexité et un perfectionnement plus grand. Et cela à travers des catastrophes et des cataclysmes d’une ampleur et d’une puissance inimaginables. Il est nécessaire que des mondes, des époques, des pans d’histoire se terminent et meurent pour que du nouveau et du neuf puissent apparaître. C’est la logique inscrite dans la nature de tout ce qui existe et qui est une expression et une révélation du bouillonnement de vie qui existe en Dieu lui-même.

Dans ce passage de l’évangile de Luc, Jésus semble donc nous inviter à garder espoir et à ne pas céder à la tentation du pessimisme. Pourquoi cela? Parce que Jésus a confiance en l'intégrité fondamentale de l’homme et en la bonté du cœur humain. Jésus veut nous convaincre que les humains sont doués de raison ; qu’ils possèdent une certaine dose de sagesse et qu’ils seront donc en mesure de ne pas perdre complètement la tête. Jésus refuse de croire que l'homme puisse être irrémédiablement égoïste et corrompu par l’attrait de ce qui est mal pour l’ensemble de ses semblables. Il refuse de croire que l'être humain, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, ne soit pas capable de trouver dans les profondeurs de son cœur ce trésor caché de sagesse, de lucidité, de bonté et de grâce qui lui permettra de voir clairement les chemins à emprunter pour se sauver lui-même et pour sauver le monde de la catastrophe.

Jésus est toujours prêt à parier sur le bon sens et la bonté foncière de l’être humain parce qu'il croit dans l’amour total de Dieu à son égard et dans les effets de la présence mystérieuse de Dieu au cœur de l’homme. Et cela conduit Jésus à avoir confiance en l'homme et dans l'humanité. Jésus est convaincu qu’il y a toujours quelque chose de beau, de bon et de merveilleux dans chaque personne, puisque chacun de nous est l’objet de l'amour et de la tendresse d'un Dieu qui veut être notre père. Jésus refuse de penser qu'une personne puisse être complètement mauvaise si elle est voulue et aimée de Dieu.

Voilà pourquoi Jésus veut croire qu'il y a toujours de l'espoir pour l'homme aussi longtemps qu'il réussit à garder dans sa vie un espace pour Dieu. Voilà pourquoi le message de Jésus est un « évangile », c’est-à-dire une « bonne nouvelle » d’espérance et de salut possible pour tout le monde. C’est seulement s’il est séparé de la Source de son être, que l'homme risque de se vider de son humanité et de se précipiter dans un gouffre de ténèbres qui peuvent l’anéantir. Mais aussi longtemps qu’il réussira à s’abreuver à cette Source, «pas un seul cheveu de sa tête ne se perdra » sans la permission de Dieu. (Luc 21,18).

Voilà pourquoi nous les chrétiens, disciples du Nazaréen, nous devons être optimistes à propos de l'avenir du monde et de l'humanité. Comme Jésus, nous devons croire que, malgré toutes les apparences contraires, le cœur de l'homme n’est jamais totalement corrompu. Nous devons croire que dans le monde le bien est toujours plus abondant que le mal ; qu’il il y a plus de bonté que de méchanceté ; plus d'altruisme que d’égoïsme ; plus d'amour que de haine. Certes, le mal est plus visible que le bien ; mais le bien, même s’il est caché, est la levure, la pulsion, la force secrète qui garde en vie l’humanité et qui soutient le monde entier.

Pour terminer sur cette note d'espoir, je veux citer ici un beau texte extrait du testament de Martin Luther King: «Aujourd'hui, dans la nuit du monde et dans l’attente de la Bonne Nouvelle, j'affirmer avec force ma foi dans l'avenir de l'humanité. Je refuse de croire que dans la situation actuelle, les hommes ne soient pas en mesure d'améliorer la terre.
Je refuse de croire que l'être humain soit un brin de paille transporté par le vent, sans possibilité d’influencer moindrement le cours des événements. Je crois que la vérité et l'amour inconditionnel auront le dernier mot. Je crois fermement que, même parmi les bombes qui éclatent et les canons qui tirent, reste toujours vivant l'espoir d'un avenir meilleur. J'ose croire qu'un jour tous les habitants de la terre recevront trois repas par jour pour nourrir le corps, éducation et culture pour nourrir leur esprit, ainsi qu’égalité et liberté pour qu’ils puissent enfin vivre dans une société plus humaine… » ".


BM